Le foulage et le feutrage

Le foulage est le processus qui épaissit un tissu de laine déjà tissé ou tricoté. Il est a distinguer du feutrage, qui prend de la toison et la passe essentiellement par le même processus sans qu'elle ait aucune structure initiale. Le feutrage donne un tissu qui est d'habitude beaucoup plus raide que le foulage, parce qu'il a besoin d'être plus feutré pour que l'objet resultant soit cohérent. On peut fouler un tissu très légèrement, pour l'ébouriffer un peu, il sera plus doux, plus poilu et plus épais (donc plus chaud), mais quand même toujours très souple. Un exemple bien connu est le tissu loden, conçu pour résister au climat des Alpes, qui est tricoté avant d'être feutré. En genéral, les meilleurs candidats au foulage sont les tissus tricotés ou tissés lâchement, à la fois parqu'ils permettent plus de mouvement des fils et donc feutrent plus efficacement, et parce que le résultat a plus de chances d'être d'une épaisseur confortable. Il y a aussi un processus assez nouveau appelé 'feutre nuno' qui a été perfectionné en Australie par Polly Sterling, ou une légère couche de toison est incorporée dans un tissu léger, ce qui donne un résultat très aeré, parfois même transparent.

Histoire

Le feutrage est l'une des premières formes de textile que nous connaissons. Les tribus nomades asiatiques ont commencé à se répandre partout sur le continent il y a des milliers d'années. Attila et Genghis Khan sont les mieux connus de leurs chefs, et leurs seuls noms évoquent encore l'horreur resssentie par les Européens et les Chinois quand ces gens beaucoup plus mobiles et plus flexibles sont arrivés a leurs portes. Leur succès était dû en partie à la domestication du cheval, qui leur a permit de se déplacer de grandes distances rapidement. Mais il était aussi dû à leur maîtrise du feutrage, qui leur a permit de survivre à des conditions méteorologiques parmis les plus horribles de la terre, et même dans un confort relatif. La laine feutrée est une grande amélioration sur les peaux qui l'ont précédée dans les mêmes fonctions, et de plus elle peut être faite d'une manière beaucoup plus portative que le tissage favorisé plus tard par des cultures sédentaires.

La laine n'est pas simplement une ressource parfaitement renouvelable, qui pousse vite et en plus est utile à son producteur. Mais c'est également une resource dont la source est elle-même est portative, et en case de besoin une source alternative pratique de nourriture. Donc c'est un matériau idéal pour la survie nomade. Le feutre donne à la laine une qualité très forte de protection du vent quand elle est assez épaisse, et elle devient aussi relativement résistante à l'eau. Elle peut être raide, mais elle n'est presque jamais lourde. Les tentes qui en sont faites sont toutes aussi habitables que des maisons plus solides, elles sont assez légères pour être transportées facilement, et encore mieux elles sont résistante au feu et ne vous tueront pas dans un tremblement de terre. Les vêtements faits d'une version plus légère agissent comme des tentes portatives, protégeant le porteur des deux extrémes de température et des precipitations, tout en restant beaucoup plus légers que l'équivalent en d'autres matériaux. Les nomades asiatiques ont également donné au monde le pantalon, qui a d'abord rendu l'équitation beaucoup plus confortable, et qui est toujours le vêtement de premier choix pour une vie active.

La méthode

Le feutrage se produit parce que la laine est le poil du mouton, et comme les cheveux humains chaque poil est couvert d'écailles microscopiques (vous en avez probablement vu des images dans des pubs de shampooing). Le mécanisme principal du feutrage est l'abrasion: quand les poils sont frottés ensemble les écailles s'accrochent l'une à l'autre, et l'effet global est que l'objet entier rétrécit d'une manière irréversible en formant un tissu qui ne peut plus être séparé. Ceci peut être accompli en mettant une toison sous votre selle et en s'asseyant dessus toute la journée, ce qui est pourquoi les nomades asiatiques ont eu là un avantage certain ; -). Pour nous autres, if faut substituer de l'huile de coude.

Il y a des manières de faciliter le processus. Encourager les petites écailles à s'ouvrir accélère énormément le processus et diminue le travail nécessaire. Une des manières principales de le faire est de mouiller les fibres. L'eau froide marche, l'eau chaude est meilleure. Alterner l'eau chaude et froide ('choquer') fonctionne le mieux. Le feutrage est donc d'habitude un travail très humide, par exemple je l'ai fait en foulant du pied la toison dans la baignoire comme si c'était du raisin. Le savon aide également le processus. Mais je precise bien le vrai savon, pas le détergent! Je me sert de liquide vaisselle pour laver mes pulls (Dawn aux USA, Monoprix Vert en France) parce que c'est ce qui les préserve le mieux, les nettoyant sans les décaper, empêchant la teinture de couler, et ne dérangeant pas les écailles donc il y a moins de chances de feutrage. Par conséquent c'est la pire des choses possibles à utiliser quand vous voulez feutrer exprès. Il y a encore du savon liquide disponible sur le marché, ou des flocons de savon, Ivory aux USA ou Le Chat en France, ou vous pouvez utiliser un pain de savon ordinaire. De toutes façons, vérifiez que l'étiquette dise bien 'savon', autrement c'est probablement du détergent. Je crois que c'est le pH légèrement alcalin du savon qui fait s'ouvrir les écailles plus facilement.

Il y a également des manières modernes de tricher mécaniquement. Une vieille planche à laver est très utile quand vous essayez de feutrer complètement à la main. C'est un bon outil, particulièrement pour un petit objet, parce que vous gardez un oeil sur ce qui se produit et vous pouvez arrêter précisément quand vous atteignez un état satisfaisant, et aussi parce que vous pouvez feutrer un endroit plus ou moins et maintenir un meilleur controle sur la forme finale. Mais un lave-linge est également un bon outil, comme vous l'avez peut-être découvert quand vous essayé de laver un pull la première fois sans votre maman. La machine doit être chargeable par en haut, parce que vous devez pouvoir l'arrêter, repêcher les articles et les examiner, à de fréquents intervalles. Si vous avez l'intention de porter quelque chose, il est important de garder le controle du processus pour ne pas finir avec une chose trop épaisse, et raide ou difforme.

Une méthode que j'aime bien utilise une interprétation par Judith McKenzie d'une machine à laver primitive. Ceci peut être fait dehors, ou je préfère une baignoire pour un accès plus facile à l'eau chaude. En plus, puisque on tend à s'y mouiller beaucoup, elle permet le port du vêtement le plus efficace, aucun. Il vous faut une bassine, parce que remplir toute la baignoire n'est pas pratique, et il est probable que vous eclaboussiez un peu, donc il vaut bien mieux la mettre dans une baignoire que par terre, si vous n'avez pas de jardin. Et la pièce de resistance est une simple ventouse à toilettes. Judith en a une belle pour ses cours, neuve, vert clair, avec une poignée transparente et scintillante. La votre, un peu usagée, serait un peu dégoutante à première vue, mais considérez qu'après toute cette agitation dans l'eau chaude et savonneuse vous pourriez probablement servir de la salade avec sans effet néfaste.. De toute façon, on met les articles dans le bassin rempli de l'eau chaude, et on agite frenétiquement avec la ventouse. L'eau qui déborde peut être remplacée avec de la plus chaude, pratiquement bouillante. Le design ergonomique de la ventouse permet beaucoup plus d'agitation qu'aucun autre outil, et vous voyez très bien ou vous en êtes. Cette méthode est la meilleure pour les articles qui sont assez lâches et grands, qui seraient déformés dans un lave-linge et sont trop grandes pour la planche, et elle est très efficace.

Gardez à l'esprit que le feutrage peut reprendre à tout moment. Ce n'est pas parce que votre pull en laine n'a pas bougé pendant des années qu'il ne peut pas être ravagé par passage malheureux en lave-linge. Et après que vous obteniez un objet parfaitement foulé, vous devez alors continuer à le laver avec les précautions d'usage. Si vous le soumettez à plus d'abrasion humide, continuera à feutrer sans retenue, et il tournera aussi bien en carton que si vous l'aviez fait d'emblée.

C'est irréversible

Il y a beaucoup d'histoires mythologiques qui courent sur le feutrage, particulièrement sur le web, avec des recettes miraculeuses pour defeutrer. La plupart du temps il s'agit de tremper l'article dans diverses substances. Mais, bien que je ne les aie pas personnellement toutes essayées, je suis certaine que les artistes textile auraient remarqué un progrès technologique de telles proportions et en auraient longuement parlé :-).. Aucune de ces méthodes à première vue n'implique des choses terriblement modernes ou sophistiquées, elles sont la plupart du temps du niveau de faire tremper/bouillir dans du vinaigre/soude/urine de vache pour quelques heures/jours, tous ingrédients qui ont été disponibles depuis des siècles et dont on aurait pu se servir avant. D'autre part comme vous le savez la science moderne est occupée à nous donner plus de polyester, plutôt que de travailler sur ce problème. Mais si vous pensez à la structure du feutre obtenu, vous pouvez bien deviner que de nouveaux produits chimiques ne risquent pas trop de pouvoir aider à la demêler.

Le mieux que vous puissiez espérer de ces methodes serait d'étirer et essentiellement mettre en forme un article qui a été legèrement foulé. Ce qui a ses points positifs, du moins jusqu'à ce que vous soyez exposé à l'humidité (bruine bretonne?), et que l'article revienne immediatement à son état originel.. Si vous êtes d'humeur à perdre votre temps de cette façon, vous pouvez simplement rincer avec une légère solution de vinaigre blanc, selon le principe que les environnements acides tendront à lisser les écailles toujours libres, mais ne vous montez pas trop la tête sur les resultats possibles.

Publié: 18/7/02
Modifié: 27/6/06

All rights reserved. © Fuzzy Galore 2002-2006.